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    25 March

    Quand on veut on peut. (Sic)


         Celui qui « veut » est présenté comme le maître de ce monde. Partout et en tous lieux ces gens qui veulent, qui foncent, qui s'échinent, qui poussent et qui gagnent. Une crevette sur le point d'être plongée dans l'eau bouillante ne se débattrait pas moins.

         J'ai été, moi aussi, serf de ce vouloir plus puissant que soi-même, voiles toujours tendues à l'affût de la moindre brise de reconnaissance, de succès, de réussite ou d'amour. Ce ne sont pas les récifs qui m'ont soulagé de ces envies de goinfre, comme ces éclopés qui ralentissent par faiblesse sans jamais véritablement s'apaiser, mais bien la prise de conscience qu'il n'y a nulle part où aller.
    20 March

    La paille

     
    Ce que j'aime chez les autres, ce n'est pas ce qui en fait des gens « normaux », de bons citoyens, de respectueux fonctionnels, mais leur part d'ombre, leurs inavouables désirs, leurs fêlures de mortels, leurs fractures anarchistes, leur décadence refoulée, leur rébellion enchaînée, leurs pulsions maîtrisées, leur nature domestiquée... Plus les robots sont bien huilés, plus je m'extasie devant les traces de rouille !
    18 February

    Varia dominical


    Le paradoxe du feu : il réchauffe et donne de la lumière, mais il peut aussi consumer. Qu'est-ce à dire quand il est intérieur ?
     
    Attitude du lichen : attendre les rares rayons de soleil et s'en satisfaire pleinement; mieux, survivre grâce à eux.
     
    Sentiment de malaise en relisant Bataille : est-il possible qu'un esprit puisse s'ouvrir sur tant d'idées sans carrément se fendre ?
     
    Il n'y a qu'une seule issue pour tous : je me sens soudain léger en y pensant.
     
    Comme un chêne, j'ancre mes pieds sur le sol et impose le silence. À qui ? À tous ceux qui cohabitent en moi. Souverain en cet instant, je peux enfin observer pour de vrai.
     
    La sensiblerie humanitaire, champignon parasite nourri par le manque de puissance, doit être systématiquement différenciée de la compassion qui vient de la force de l'âme.
     
    Rares sont les criminels --- au sens étatique du mot --- qui sont à la hauteur de leur crime. Une fois enlevés les brutes, les jaloux, les peureux, les faibles, les mercenaires, les malheureux, les sots et les désespérés, il ne reste presque personne.
     
    Un ours, même profondément endormi, fait entendre un souffle terrifiant.
     
    Athée ou non, il faut choisir son image : ou le dieu ensanglanté mis à mort par les justes, ou le danseur dionysiaque chantant et riant. Mais il n'est pas facile --- quand on ne le veut pas vraiment --- d'échapper aux nécropoles que sont inconsciemment les religions modernes. Toutes, sans exception. Et celui qui se targue de l'athéisme le plus dur est souvent le plus à même d'être fortement imprégné de religiosité en son inconscient.
     
    06 February

    Le blogueur ingrat


    Franchement, je pense ne pas être un bon blogueur. Je ne transcris sur mon blogue qu’environ un centième de tout ce que j’écris. Étrangement, ce que je choisis de mettre sur ces pages est rarement voire jamais sélectionné par goût ou par sujet. Il en résulte un blogue bouche-trou, utilisé uniquement quand j’y pense, quand ça me dit, quand j’ai le temps, quand l’ordinateur n’est pas en train de compresser ou décompresser des vidéos, quand je n’ai rien de mieux à faire, enfin, quand j’ai vraiment le goût de lancer dans l’immensité numérique mes sautes d’humeur noire ou mes envolées dithyrambiques. Je garde tout le reste pour moi, pour mes proches et pour ceux qui achètent mes livres. Autrement, je griffonne dans des cahiers, je pitonne sur mon clavier avant de sauvegarder dans un dossier qui ne s’ouvrira souvent plus avant des mois, sinon jamais. Pire, je garde le reste dans ma tête... Oui, je le reconnais : je suis un blogueur ingrat et incompétent. En fait, je pense sincèrement que si j’étais mon blogue, il y a longtemps que je me serais quitté et que je serais parti à mon compte.

    10 January

    Richesses


    Ma cousine M.*** me disait, une angoisse dans la voix : « Vas-tu vieillir sans n’avoir jamais rien à toi ? ».

    C’était sa façon de me dire combien, dans sa vie, il importait d’accumuler des biens en vieillissant, pour s’assurer une décrépitude tranquille et une mort paisible; du même coup, dans le silence derrière la parole apprise, elle me parlait de ses efforts quotidiens pour gagner sa vie, des aubes où tout son corps refusait de se lever, des couchers de soleil aperçus à travers la vitre de son bureau, des faux sourires aux clients détestables, des fins de semaine passées trop vites, des vacances avalées tout rond, des heures longues et sombres des fins de journée...

    J’étais triste pour elle. La réponse m’est venue instantanément. Mes biens, c’est dans ma tête que je les engrange, et la seule richesse que je juge digne de ce nom est celle de l’intérieure, qui m’est imprenable et souveraine. Et, si ni elle ni moi ne pourrons bénéficier post-mortem des gains que nous auront acquis en ce monde, il y a fort à parier que les miens me seront bien plus utiles au moment de m’étendre définitivement.

    Mais, par respect, je n'en ai pas soufflé mot à ma cousine; c'est, il me semble, déjà bien assez difficile pour elle.

    08 January

    Le retour

     
    Un jour viendra où, aux premières lueurs de l'aube, quand les rayons du soleil danseront sur mes paupières, j'ouvrirai les yeux et mon corps, mon âme et mon être s'exclameront à l'unisson : tu es de retour chez toi !

    Gouffres

     
    Zigma se sentait souvent comme un marcheur ayant pris de l'avance. Quand il tournait son regard vers l'arrière, il voyait la foule qui avançait aveuglement vers des falaises où lui, auparavant, avait chuté, fendant sa peau sur les récifs, éclatant ses os contre les rochers. Il se risquait parfois à crier pour les mettre en garde, tout en ayant la profonde certitude que c'était là essoufflement bien inutile : premièrement, parce qu'ils ne l'entendaient pas; ensuite, et c'était là le principal, car peu importe où ils allaient mettre les pieds, ils allaient tomber. En effet, ils étaient, humains comme lui, cernés de toutes parts par les falaises vertigineuses et meurtrières.
    13 December

    Paradis perdu

    La différence est dans la capacité à fuir, dans l’habileté à mettre des guirlandes un peu partout, dans l’aptitude à jouer sans relâche le rôle qu’il faut, et, aussi, dans l’infinie docilité exigée par la contingence de vivre.

    D’un côté : ceux qui savent tout ça; de l’autre : ceux à qui manque chaque jour le paradis perdu.


    Quelle est cette force qui permet que par la pensée nous puissions sentir la chute physiquement ?


         Malheur à celui qui, voyant les décorations du temps des fêtes sur chaque demeure, s’écrie : « À quoi bon ? » ! À moins que celui-ci n'éclate d'un rire étrange, celui du fou de Fao.


    Il suffit parfois d'une seule phrase, voire d'un seul mot, pour que la perception que l'on a d'une chose ou d'un être soit modifiée à jamais. C'est le coup de langue et ses conséquences.

    10 December

    L'oiseau rare

    Durant ma marche matinale, les oiseaux perchés sur les fils électriques s'envolent à mesure que je m'avance sur la route et les rejoins. Ce matin, un d'entre eux est resté immobile, me regardant réellement passer sous lui. Un peu plus et il se moquait des fuyards inquiets qui s'envolaient pour échapper à un danger inexistant.
     
    Je me suis dit à moi-même : celui-là est différent; il a compris.
     
    J'ai pensé aussi : un équilibriste qui se tient droit sur son fil tandis que tous s'agitent en tous sens --- alors même qu'ils rampent déjà sur le sol --- est de nos jours chose rare.
     
     
    20 September

    Quelques mots sur le temps

     
    Nous manquons de respect pour le temps. D'abord pour celui des autres, puis pour le nôtre.
     
    À celui qui dit : « je n'ai pas le temps de lire », il faut répondre : « je n'ai pas le temps de ne pas lire ».
     
    Ne pas travailler selon les règles du système est souvent perçu par les autres comme une disponibilité totale.
     
    Avec David Cooper, je crois que le mieux serait de foutre la paix à nos enfants, tout en demeurant disponibles. Les parents en sont généralement incapables, trop pris qu'ils sont par leur propre besoin de satisfaire, de combler, de régir ou de contrôler.
     
    La possession de son temps est aujourd'hui curiosité blâmable. Le règne des hommes « pressés » dont parle Nietzsche est arrivé à son paroxysme. La mode est à la rapidité « montre en main », non pas pour avoir plus de temps, mais pour faire plus de choses.
     
    Vu dans une publicité d'audio-livres : « Faites l'expérience de la lecture tout en restant actifs ». Cela sonne comme « Faites l'expérience du sommeil en demeurant performants », ou « Faites l'expérience de l'amour en conservant votre égoïsme », ou encore « Expérimentez la vie sans expérimenter la mort ».

    Météo

    Aujourd'hui : ensoleillé avec passages nuageux.
     
    Dans ma tête.

     
    Je rêve d'une panne d'électricité qui durerait cent ans.
     
    19 September

    Le rire du Bouddha

     
     
    On les voit et les entend rire. Ce n’est pas le rire du Bouddha, paisible, détaché, serein, mais une hilarité de fuite, un ricanement de panique, qui ne peut qu’aboutir à un rictus crispé, plus près du déni que de la conscience de la supériorité de l’être intérieur sur ce qui lui arrive à l’extérieur.

     

    Tout est bon pour blaguer, toute farce grasse, tout dessin ironique, toute marque de popularité par le rire est bonne pour satisfaire leur minuscule appétit de ressentir. Ils ne sont que par l'autre et d’autant plus quand ce qui les fait si bien rigoler et qu’il partage est approuvé par un troupeau bêlant son manque à l’unisson.

     

    Le véritable rire, tel celui de Merlin ou Siddhârta, ne fait jamais la une. Ce serait trop dangereux.

    09 August

    L'Hôtel Bourgault

    1887. C’est l’année de construction, selon les papiers officiels. J’ai suffisamment fait voler la poussière des documents anciens pour savoir toute la fragilité de l’officiel, surtout quand il s’agit d’histoire. Est-ce qu’en 1887 des hommes ont taillé les poutres qui forment la charpente de ma demeure ? Rien n’est moins certain. Mais cela donne une idée, un indice qui situe dans le temps : ma maison est très ancienne.

    Plutôt devrais-je dire : la maison que j’habite. Ne nous méprenons pas : j’ai bien les papiers qui confirment socialement et légalement qu’elle est à moi, que je la possède au sens bourgeois du terme, qu’elle est ma propriété comme tout bon capitaliste aime le dire et le sentir, mais il suffit d’un regard objectif pour comprendre qu’elle n’est pas vraiment ma possession (les objets peuvent-ils être réellement à soi quand, à chaque instant, nous nous en allons si vite ailleurs ?).

    Mon corps appartient à ce que j’appelle « moi ». Mieux : il est partie de ce que je suis. C’est la propriété absolue, et c’est pourquoi je défends définitivement à quiconque de me retirer ne serait-ce qu’une parcelle de la liberté que j’ai d’en faire exactement ce que je veux. Mais l’endroit où s’agite cette demeure de chair n’est pas de même nature. D’autres ont vécu ici avant. D’autres le feront après. Je sais, par quelques vieillards du village venus me parler alors que je redonnais un nouveau souffle à l’extérieur de l’immeuble, que cette maison toute faite de bois, en plus d’avoir été le nid de nombreux humains, a été une banque (sans doute à la fin du XIXe siècle), puis un hôtel durant quarante ans, enfin un magasin de meubles (par deux fois).

    Mise à part la possibilité de tomber, en défaisant un mur, sur une voûte cachée contenant des milliers de pièces d’or datant de l’époque de la banque, c’est l’idée de l’hôtel qui me fascine le plus.

    J’aime à penser que par des nuits sombres et pluvieuses, d’étranges visiteurs ont tardivement frappé à la porte par où j’entre et je sors tous les jours. Que des filles pulpeuses et disponibles sont montées au bras de clients nostalgiques de leur foyer, assumant leur culpabilité pour un plaisir encore plus passager qu’eux, par l’escalier qui monte à ma chambre à coucher. Qu’un pianiste rieur et passionné animait la grande salle (devenue mon salon et ma salle à manger, où il y a par ailleurs un « trou à piano ») des heures durant, ne s’arrêtant qu’au moment où le dernier hôte s’assoupissait en cuvant son vin la tête appuyée sur son épaule. Que des discussions s’animaient instantanément à la lecture de journaux annonçant les derniers événements survenus outremer (j’ai retrouvé des centaines de journaux datant de la Deuxième Guerre Mondiale parfaitement conservés sous le prélart des chambres; chacun portait l’étampe à l’encre de l’« Hôtel Bourgault »).

    Ce sont les fantômes de la maison. Vous direz qu’ils ne sont que dans mon imagination divagatrice, mais venez passer une nuit chez-moi et au matin, quand vous aurez entendu dans l’obscurité du soir le réservoir de la toilette se remplir tout seul, les craquements dans les marches qui vont au deuxième, les chuchotements et les ricanements étouffés, vous serez sans doute d’accord pour dire avec moi que ma maison n’est pas que la mienne.

    25 June

    Regard jeune

    Ne rien prendre pour acquis. Chercher à percevoir les véritables images sous les images personnelles. Ne pas penser savoir a priori. Passer la main sur la poussière de l'habitude, du déjà-vu, du savoir et découvrir en regardant pour la première fois à chaque fois.
     
    Se demander à chaque instant : mais qu'est-ce que c'est ?
    21 June

    Le prix à payer

    Se réveiller naturellement, quand le sommeil a rempli toutes ses fonctions. Jeter un coup d’œil ironique au réveille-matin chômeur. Ouvrir l’œil et se dire qu’une autre journée commence, avec ses unités de temps qui s’enchaîneront dans la liberté totale de choisir comment les utiliser. Pas d’heure de tombée, pas de carte trouée, pas d'heure de dîner, pas de quinze minutes de pause, pas de poussée d’adrénaline à quatre heures, pas de faux sourires et de courbettes. Déjeuner léger, suivi d’une longue marche sur le bord de la rivière. Rêveries, pensées, vagabondage stérile. Plus tard, étendu dans le hamac, je me dis que je suis sans-coeur de penser parfois à ce que mon choix de vie me coûte.

    15 June

    Le prix de la vie

    Si l'on désire à n'importe quel prix se protéger contre la mort, il faut du même coup se protéger contre la vie elle-même, qui mène à la mort.

    Être ou ne pas être... mangé

    La seule et unique façon d’échapper au fait que la vie entière est une lutte pour manger en attendant d’être mangé (par les vers ou par le feu, c'est selon), est de prendre conscience de ce qui en moi n’est pas nourriture.

    Pluie noire

    J’ai profité de la belle soirée d’hier pour faire un feu avec les enfants. Sur le point de finir leur année scolaire, les 4 As ont décidé de jeter aux flammes la paperasse accumulée depuis septembre. On dira que ce n’est pas très écologique, mais je ne les ai pas empêchés, car je me souvenais avoir fait ce rituel rassérénant avec plaisir quand j’avais leur âge. En outre, il est certain que le défoulement n’eut pas été aussi puissant s’ils avaient lancé leur passé sagement dans le bac de recyclage !

     

    En les observant, tandis qu’une pluie de flocons noirs tombait aux alentours et sur moi, je me disais : combien de fois ai-je ainsi tenté de consumer mes vieux démons ?

    25 May

    Une virgule

    Écrire sans arrêter cracher l'encre frapper le clavier toujours même si les mots manquent de chair de porto un verre sur la table toujours n’en finir jamais avec le travail puncher ton âme dans une petite carte trouée une petite boite carrée de métal qui engouffre tout ton temps sans le savoir et le yeux du gros méchant qui regarde observe à longueur de journée pour savoir si la sueur est rentable si l’âme donne le jus qu’il mérite que tu mérites tu m’irrites au fond de cracher sur la liberté ainsi quand je pense qu’ils pensent que c’est ça de pouvoir travailler du matin au soir pour le bungalow voiture bébé blonde qui demande les lèvres pulpeuses que tu aimais tant la première fois maintenant la jaquette de flanalette porte-jarretelles dimanche belle-maman ses gros yeux font penser au boss toujours évalué toujours jugé comme la température mais sans la capacité de voir que tu es un volcan qui va exploser une mer d’insanité et d’inimitié pour tout, et tous.

    24 May

    Spicilège

    Le proverbe chinois dit : « On peut guérir d’un coup d’épée, mais guère d’un coup de langue. ». Celui qui a écrit ça était bien susceptible et fort peu connaissant de la volatilité des paroles. En outre, on ne lui avait sans doute jamais enfoncé une bonne lame dans la chair.

     

    Aujourd’hui, on m’a parlé 14 fois de la mauvaise température... J’ai compté ! Je me demande quel serait l’impact d’un climat tempéré sur la communication au Québec ?

     

    J’aurais la foi du charbonnier si, comme l’écrivait Woody Allen, Dieu me donnait une preuve de son existence en me déposant un magot dans une banque suisse.

     

    Je me targue de ne pas écouter la télévision. Mais l’ordinateur est une autre source de vide à laquelle je m’abreuve trop et m’empoisonne lentement.

     

    Quand César parle au « il », il veut dire « je ». Quand je parle au « je », je veux dire « il ».

     

    Le suicide est une solution permanente à un problème temporaire.

     

    Écrire est une solution temporaire à un problème permanent.