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    14 May

    Perles

    « Le mépris qu’éprouvent une demi-douzaine — ou un demi-million — d’imbéciles sincères pour un homme de génie devrait nous guérir à tout jamais de notre susceptibilité absurde et de notre faculté d’être blessé par cette calomnie lapidaire que l’on nomme une insulte. »

    Samuel Beckett


    « Je me contredis ? Eh bien, je me contredis. »

    Walter Whitman


     

    « Quiconque prétend brûler de faire autre chose que ce qu’il fait, ou d’être ailleurs que là où il est, se ment à soi-même. »

    Henry Miller


    « La seule chose dont un véritable écrivain puisse être à peu près sûr, au cours de son existence, c’est que tout le monde essaiera plus ou moins de l’empêcher d’écrire. »

    Ernest Hemingway, Défense du titre


    « C’est parce qu’elle exprime un refus de la maturité, un opiniâtre pied de nez aux grandes personnes, à leurs soucis, à leurs ambitions, à leur mode de vie, que la diététique de lord Byron (comme plus tard celle de ses meilleurs disciples, Dostoïevski, Baudelaire, Nietzsche) est essentiellement subversive, et qu’elle manifeste une violation radicale, irréductible, de l’ordre adulte. »

    Gabriel Matzneff

     

    02 April

    Passage de lumière en ce jour gris

    « Je ne sais plus ce que c’est que l’ascétisme, que l’œuvre de sanctification quotidienne, que la poursuite acharnée d’un but quelconque. Je me laisse vivre, sentir, étudier, penser, et je regarde dans mon âme, comme dans une boîte à phénomènes, sans rien déranger par l’intervention brutale et pédantesque de mon vouloir. Le découragement a fait mon détachement, le détachement s’est rabattu sur la contemplation. Je puis encore travailler au bonheur et au perfectionnement d’autrui; pour moi, il me semble que je tourne sur moi-même, sans désir, sans progrès, sans objet. Je ne deviens plus, je suis. Je ne demande qu’à être pensant et aimant et qu’à ne pas souffrir. — Je me suis pour ainsi dire supprimé du nombre des causes efficientes et finales, retranché de la société humaine, rayé de la liste des existences individuelles qui ne comptent que par leurs besoins, leurs efforts, leurs effets, leur action sur les choses ou sur les êtres, en un seul mot par leur volonté. »

     

    Henri-Frédéric Amiel, Journal

    18 March

    N'être qu'à soi

     
    Paracelse : Alterius non sit qui suus esse potest.
     
    Qu'il se garde d'appartenir à un autre, celui qui a la force de n'être qu'à lui-même. (ma traduction)
    08 February

    Sur l'autorité


    « Dois-je vous discipliner, ou ne dois-je pas plutôt vous faire comprendre pourquoi vous vous comportez mal ? Cela voudrait dire que, en tant qu’éducateur ou parent, je ne dois avoir aucun sens d’autorité. Je dois réellement vouloir vous aider à comprendre vos difficultés […]. Je dois vouloir que vous vous compreniez vous-même. Si je vous force, je ne vous aide pas. […] Alors je ne m’érigerais pas en autorité pour vous contraindre à faire ce que vous finiriez par faire tout seul si vous compreniez vous-même. »

    « D’après vous, qu’est-ce qui crée l’autorité ? Tout d’abord, il y a, en chacun de nous, le désir de trouver une façon rassurante de nous comporter. Nous voulons nous faire dire comment agir lorsque nous sommes dans l’incertitude et l’angoisse. […] C’est à cause de notre désir de trouver un mode de vie, une ligne de conduite, que nous créons l’autorité. »

    « Il y a des livres qui vous disent quoi faire, l’État vous dit quoi faire, vos parents vous disent quoi faire, la religion vous dit quoi faire. Et que devenez-vous ? Vous êtes écrasés, brisés. Vous ne pensez jamais, vous n’agissez jamais d’une façon vraiment vivante, parce que vous avez peur. Vous dites que vous devez obéir, sans quoi vous seriez sans ressources. Ce qui veut dire que vous créez l’autorité parce que vous voulez une façon de vivre qui vous assure une sécurité. C’est la poursuite de la sécurité qui crée l’autorité et c’est ainsi que vous devenez un esclave, un rouage dans une machine, que vous vivez sans être capable de penser et de créer. »

    Krishnamurti, Face à la vie

    02 February

    Sur l'ennui

     
    " Un enfant qui s'ennuie n'est pas très loin du paradis : il est au bord de comprendre qu'aucune activité, même celle, lumineuse, du jeu, ne vaut qu'on y consacre toute son âme. L'ennui flaire un gibier angélique dans le buisson du temps : il y a peut-être autre chose à faire dans cette vie que de s'y éparpiller en actions, s'y pavaner en paroles ou s'y trémousser en danses. La regarder, simplement. La regarder en face, avec la candeur d'un enfant, le nez contre la vitre du ciel bleu derrière laquelle les anges, sur une échelle de feu, montent et descendent, descendent et montent. "
     
    Christian Bobin, Prisonnier au berceau
    18 December

    Littérature payante

    « Or il me semble, une fois encore, que cette attitude nouvelle, cette conception de la littérature payante, n’est pas une idée d’intellectuel, mais une réalité du marché que les écrivains se tuent à justifier et structurer. Quand nos livres, après trois semaines sur un comptoir, parce qu’ils n’ont pas bougé, sont retirés d’office comme des tomates trop mûres, nous ne sommes plus en littérature pour la gloire, mais en littérature pour l’argent. Le modèle de l’écrivain n’est plus le héros militaire ou l’aventurier, c’est le comptable, le courtier. La littérature ne se discute plus dans les cafés enfumés, elle se débat à la bourse des traductions et au coût du papier, à Francfort, à Montréal ou à New York. La littérature a été mise à prix. L’écrivain aussi. Il faut faire le Goncourt. Et il en est de même pour les autres arts. »

    « “Mon cher”, dit-il en se moquant, “ou vous acceptez de jouer le jeu jusqu’au bout, ou vous ne vous approchez même pas d’une maison d’édition…!” »

    Jacques Godbout, Le murmure marchand

    16 September

    La pomme rouge de Blaise

    C'est Blaise, le fils de la mère de mes enfants, qui a fait cette pomme rouge. C'était la consigne de l'éducatrice : faire une belle pomme rouge. Sourire en coin, il attendait sa maman (mon ex) fièrement : "C'est pour marraine, la carotte bleue... heu... la pomme rouge !".
     
    L'histoire m'a fait bien rire; j'ai toujours aimé les différents.
    04 September

    Mon pire ennemi

    Le Mahatma Gandhi disait :
     
    "Je n'ai que trois ennemis au monde. Mon ennemi préféré, le plus facile à influcencer vers le bien, est l'empire britannique. Mon deuxième, le peuple indien, me donne plus de mal. Mais mon adversaire le plus redoutable est un homme nommé Mohandas K. Gandhi. J'ai l'impression d'avoir très peu d'influence sur lui."
     
    Il parlait évidemment de lui-même. En lisant cela, je me dis que je ne suis pas le seul à devoir lutter quotidiennement contre moi-même.
     
    19 June

    À apprendre par coeur

         Quel est le grand dragon que l'esprit ne veut plus appeler ni dieu ni maître ? « Tu dois », s’appelle le grand dragon. Mais l’esprit du lion dit : « Je veux. ».

         « Tu dois » le guette au bord du chemin, étincelant d’or sous sa carapace aux mille écailles, et sur chaque écaille brille en lettres dorées : « Tu dois ! ».

         Des valeurs maintes fois séculaires brillent sur ces écailles et ainsi parle le plus puissant de tous les dragons : « La valeur de toutes choses brille sur moi. ».

         Toute valeur a déjà été créée, et toutes les valeurs créées sont en moi. En vérité, il ne doit plus y avoir de « Je veux » ! Ainsi parle le dragon.

         Mes frères, pourquoi est-il besoin du lion de l’esprit ? N’avons-nous pas assez de la bête robuste qui renonce et qui se soumet ?

         Créer des valeurs nouvelles le lion même ne le peut pas encore : mais se rendre libre pour des créations nouvelles, c’est là ce que peut la puissance du lion.

         Se libérer, opposer un « non » sacré même au devoir : telle, mes frères, est la tâche qui incombe au lion.

         Conquérir le droit de créer des valeurs nouvelles, c’est la plus terrible conquête pour un esprit patient et respectueux. En vérité, c’est pour lui un rapt et le fait d’une bête de proie.

         Il aimait jadis le « Tu dois » comme son bien le plus sacré : à présent il lui faut trouver l’illusion et l’arbitraire, même dans le plus sacré, afin d’assurer sa liberté aux dépens de son amour : il faut un lion pour un tel rapt.

     

    Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra

    17 June

    Une cause de la course

         « Il vous faut atteindre un but.
        
    Pourquoi ce phénomène dans le mental de l’homme ? À cause de l’enfance, et chacun connaît à peu près la même enfance. Seuls les détails diffèrent, mais il existe un seul élément fondamental à toutes les enfances […], c’est qu’aucun enfant n’est accepté tel qu’il est. Un enfant naît et aussitôt la société, les parents, père, mère, frères, tous ceux qui vous entourent se mettent à vous changer, à vous rendre plus beau, à vous rendre plus moral, à vous rendre meilleur. Tel que vous êtes, vous êtes mauvais, il faut faire quelque chose, alors seulement vous pourrez être accepté.
         Et l’enfant se met peu à peu à sentir qu’on ne l’accepte pas. S’il fait une bonne action, alors il est accepté; s’il fait quelque chose de mal, il est rejeté. S’il suit, s’il obéit, il est accepté; s’il désobéit, personne ne l’aime, on le déteste et tout le monde se fâche. Il apprend une chose : l’important est “le faire” et non “l’être”.  
         Faites ce qu’il faut et tout le monde vous aimera, faites ce qu’il ne faut pas et chacun vous rejettera, vous détestera, se fâchera et sera contre vous. Il n’est pas question de vous. […] Et si même la porte du père et de la mère peut se fermer, si même ceux qui aiment ne peuvent pas voir l’être de l’enfant, que dire de ce monde bizarre ? »
     
    Osho, Commentaire sur L’Évangile de Thomas
    10 June

    Note

    « La table rase est nécessaire, il faut en finir avec l’aliénation des corps et des sens nécessaire au capitalisme qui absorbe, comme un Léviathan, l’énergie des hommes dans le travail, pour en faire des sujets dociles, des objets soumis au principe de réalité et aux valeurs du monde industriel. Le capitalisme veut un Homme Unidimensionnel, castré, abdiquant ses désirs propres au profit des leurres lancés par le social et qu’il finira par faire siens au point de croire, sommet de l’illusion, qu’il est à l’origine des désirs qui sont siens quand il ne fait qu’obéir à la plus vaste des entreprises de mise en conditionnement qui soit. Les désirs humains sont pervertis, massacrés, détruits. À la place des pulsions naturelles, on greffe dans l’âme de l’homme unidimensionnel une volonté d’adéquation aux modèles sociaux : on ne désire plus librement, mais on veut ce que le social nous montre comme, apparemment, le seul désirable possible. L’aliénation est à son comble, on veut le désir qu’on nous suggère en abandonnant ceux qui nous sont propres : le principe de plaisir est tout entier asservi, à l’aide des techniques dans lesquelles le capitalisme excelle — système médiatique et société du spectacle —, au principe de réalité. Il s’agit de faire désirer ce qui est utile d’être désiré pour le social — les marchandises, les biens de consommation, par exemple. De fausses idoles sont promues idéaux et l’on invite à un hédonisme vulgaire qui détourne de l’hédonisme authentique : on aime avoir quand il s’agirait d’être, on veut accumuler, posséder, consommer quand il faudrait jubiler, aimer, jouir. »

     

    Michel Onfray, L'art de jouir

    17 May

    Siddhârta et Milarepa

    Alors que Siddhârta s’apprêtait à traverser une forêt, ses disciples le mirent en garde contre le danger qui le guettait : le cruel Milarepa, assassin de neuf cent quatre-vingt-dix-neuf hommes, s’y cachait quelque part, attendant sa millième victime. Siddhârta continua son chemin d’un pas régulier. Parvenu au centre des bois, il était seul, chacun ayant avancé jusqu’à la limite de sa confiance en lui.

     

    Installé sur une branche, Milarepa vit Siddhârta s’approcher. Quelque chose dans la démarche et l’allure de cet homme l’intriguait.

     

    « Halte ! Étranger ! Je suis Milarepa, le meurtrier qui attend sa millième victime pour accomplir une ancienne promesse. Ma mère passerait ici que je la tuerais sur le champ. Retourne d’où tu viens, sinon gare à toi ! »

     

    Siddhârta releva la tête et dit :

     

    « Noble Milarepa, c’est toi qui bouges. Moi, il y a longtemps que j’ai cessé de m’agiter. »

     

    Les paroles touchèrent Milarepa, mais il ne pouvait s’empêcher de vouloir terminer son plan meurtrier.

     

    « Si tu passes ici, aussi sage sois-tu, je te couperai la tête comme aux autres. »

     

    Siddhârta continua à avancer. Quand il fut tout près, Milarepa descendit et se posta devant lui. Avant qu’il n’ait eu le temps de lever son arme, le sage parla :

     

    « Peux-tu couper cette branche ? »

     

    Milarepa éclata d’un grand rire et frappa la branche qui se trancha net et tomba sur le sol.

     

    « Maintenant, peux-tu la remettre en place ? » demanda aussitôt Siddhârta.

     

    Milarepa fronça les sourcils et dit :

     

    « Tu dois être fou. Personne ne peut remettre cette branche à sa place. »

     

    Siddharta regarda alors Milarepa avec une infinie compassion et dit :

     

    « Comment pourras-tu alors remettre en place tout ce que tu as pris ? »

     

    La légende raconte que, sur ces paroles, Milarepa atteint l’illumination. Il devint par la suite un grand sage que tous voulaient entendre.

    28 April

    Pas facile d'être moi.

    Traduction libre de
    It's Not Easy to be Me de Five for Fighting


    Je ne peux m’envoler
    Je ne suis pas si naïf
    Je suis ici pour trouver
    La meilleure part de moi-même

    Je suis plus qu’un oiseau
    Je suis plus qu’un avion
    Plus que les visages
    Que l’on voit passer d’un train

    Ce n’est pas facile d’être moi

    J’aimerais pouvoir pleurer
    Tomber à genoux
    Apprendre à mentir
    À propos d’un chez-moi inconnu

     

    Cela peut paraître absurde
    Mais ne soyez pas naïfs
    Même les héros peuvent saigner
    Je suis peut-être dérangé
    Mais pouvez-vous le concéder
    Même les héros doivent rêver

    Ce n’est pas facile d’être moi

    Allez, allez plus loin : loin de moi-même

    Vous pouvez dormir ce soir

    Je ne suis pas fou ou quoi que ce soit

     

    Je ne peux m’envoler
    Je ne suis pas si naïf
    Les hommes ne sont pas faits
    Pour chevaucher les nuages

    Je suis simplement un homme
    S'introspectant pour trouver l'ennemi
    Simplement un homme
    Cherchant cette part spéciale en lui

    Ce n’est pas facile d’être moi

     

    25 April

    Évangéline

    Pleuré encore comme une Madeleine en écoutant la chanson Évangéline, version Marie-Jo Thério.
     
    Évangéline
    Paroles et Musique: Michel Conte, 1971, Heureuse

     
    Les étoiles étaient dans le ciel
    Toi dans les bras de Gabriel
    Il faisait beau, c'était dimanche
    Les cloches allaient bientôt sonner
    Et tu allais te marier
    Dans ta première robe blanche
    L'automne était bien commencé
    Les troupeaux étaient tous rentrés
    Et parties toutes les sarcelles
    Et le soir au son du violon
    Les filles et surtout les garçons
    T'auraient dit que tu étais belle

    Évangéline, Évangéline

    Mais les Anglais sont arrivés
    Dans l'église ils ont enfermé
    Tous les hommes de ton village
    Et les femmes ont dû passer
    Avec les enfants qui pleuraient
    Toute la nuit sur le rivage
    Au matin ils ont embarqué
    Gabriel sur un grand voilier
    Sans un adieu, sans un sourire
    Et toute seule sur le quai
    Tu as essayé de prier
    Mais tu n'avais plus rien à dire

    Évangéline, Évangéline

    Alors pendant plus de vingt ans
    Tu as recherché ton amant
    À travers toute l'Amérique
    Dans les plaines et les vallons
    Chaque vent murmurait son nom
    Comme la plus jolie musique
    Même si ton cœur était mort
    Ton amour grandissait plus fort
    Dans le souvenir et l'absence
    Il était toutes tes pensées
    Et chaque jour il fleurissait
    Dans le grand jardin du silence

    Évangéline, Évangéline

    Tu vécus dans le seul désir
    De soulager et de guérir
    Ceux qui souffraient plus que toi-même
    Tu appris qu'au bout des chagrins
    On trouve toujours un chemin
    Qui mène à celui qui nous aime
    Ainsi un dimanche matin
    Tu entendis dans le lointain
    Les carillons de ton village
    Et soudain alors tu compris
    Que tes épreuves étaient finies
    Ainsi que le très long voyage

    Évangéline, Évangéline

    Devant toi était étendu
    Sur un grabat un inconnu
    Un vieillard mourant de faiblesse
    Dans la lumière du matin
    Son visage sembla soudain
    Prendre les traits de sa jeunesse
    Gabriel mourut dans tes bras
    Sur sa bouche tu déposas
    Un baiser long comme ta vie
    Il faut avoir beaucoup aimé
    Pour pouvoir encore trouver
    La force de dire merci

    Évangéline, Évangéline

    Il existe encore aujourd'hui
    Des gens qui vivent dans ton pays
    Et qui de ton nom se souviennent
    Car l'océan parle de toi
    Les vents du sud portent ta voix
    De la forêt jusqu'à la plaine
    Ton nom c'est plus que l'Acadie
    Plus que l'espoir d'une patrie
    Ton nom dépasse les frontières
    Ton nom c'est le nom de tous ceux
    Qui malgré qu'ils soient malheureux
    Croient en l'amour et qui espèrent

    Évangéline, Évangéline

     
    Il y a quelque chose là qui me trouble profondément et me plonge dans une part triste de moi-même que je ne peux habiter trop longtemps sans risque. Mais j'y retourne inlassablement. Masochisme ? Non. C'est plus fort que moi, ce qui me touche m'attire au plus haut point, comme un insecte sur la flamme. C'est pourquoi je n'ai pas d'armure parfaitement étanche pour me protéger contre le redondant spectacle de l'injustice qui règne dans le monde et de la tristesse de ceux qui l'habitent; seulement les fragiles munitions que sont mes mots. Je l'écris à nouveau : In Girum Imus Nocte et Consumimur Igni : Nous tournoyons dans la nuit et sommes consumés par le feu. Nous ? Ceux de mon espèce.

    Un lien pour télécharger le mp3 d'Évangéline  C'est seulement pour goûter ! Si vous aimez, achetez les albums de Marie-Jo Thério !
    21 April

    Le meilleur des mondes

    Dans Le meilleur des mondes, Aldous Huxley imagine avec une lucidité étonnante une société où le conditionnement est passé officiellement dans le système d’éducation. Dans ce meilleur des mondes, les bébés de la caste inférieure, les Deltas, sont conditionnés à détester les livres et les fleurs en leur administrant un choc électrique chaque fois qu’on les met en présence de ces objets et qu’ils s’en approchent ; les livres, parce qu’ « on ne pouvait pas tolérer que des gens de caste inférieure gaspillassent le temps de la communauté avec des livres, et qu’il y avait toujours le danger qu’ils lussent quelque chose qui fît indésirablement “déconditionner” un de leurs réflexes » ; les fleurs, parce qu’il faut « trouver à la consommation du transport une raison économiquement mieux fondée qu’une simple affection pour les primevères et les paysages ». Ainsi, en conditionnant « les masses à détester la campagne » mais simultanément « à raffoler de tous les sports de plein air », on parvient, en faisant le nécessaire « pour que tous les sports de plein air entraînent l’emploi d’appareils compliqués », à faire consommer au peuple « des articles manufacturés, aussi bien que du transport ».
     
    Ça me dit quelque chose...
    15 April

    Éloge de l'infini

    « Regardez autour de vous : ils ont mal dormi, ils ont les visages de leurs rêves empêchés ou de leur mauvaise jouissance. Vins ou excitants médiocres, jalousie pour rien, comparaisons maniaques, froissements de déceptions et d'humiliations, enfance réprimée, punie, morsure du minuscule négatif intime. »

     

    Philippe Sollers, Éloge de l'infini

    07 April

    Pierre Lemieux : libre penseur.

    "Le mouchardage a le vent dans les voiles. Le Service de lutte contre le tabagisme du gouvernement du Québec met un numéro de téléphone à la disposition des mouchards dénonçant ceux qui fument dans leur propre commerce ou choisissent d'accueillir leurs clients fumeurs."
     
    Économie du mouchardage, Pierre Lemieux
     
    Je vous invite à lire la suite de cet article et les autres articles très pertinents de Pierre Lemieux sur son site web : http://www.pierrelemieux.org/SiteFrames/fs-francaises.html.
    04 April

    Les vagabonds

    « On pourrait réunir sous le nom de “Vagabonds” tous ceux que le bourgeois tient pour suspects, hostiles et dangereux.

    Tout vagabondage déplaît d’ailleurs au bourgeois, et il existe aussi des vagabonds de l’esprit, qui, étouffant sous le toit qui abritait leurs pères, s’en vont chercher au loin plus d’air et d’espace. Au lieu de rester au coin de l’âtre familial à remuer les cendres d’une opinion modérée, au lieu de tenir pour des vérités indiscutables ce qui a consolé et apaisé tant de générations avant eux, ils franchissent la barrière qui clôt le champ paternel et s’en vont, par les chemins audacieux de la critique, où les mène leur indomptable curiosité de douter. »

     


    « Être un homme ne signifie pas représenter l’idéal de l’Homme, mais être soi, l’individu. Qu’ai-je à faire de réaliser l’humain en général ? Ma tâche est de me contenter, de me suffire à moi-même. C’est Moi qui suis mon espèce; je suis sans règle, sans loi, sans modèle, etc. Il se peut que je ne puisse faire de moi que fort peu de chose, mais ce peu est tout, ce peu vaut mieux que ce que pourrait faire de moi une force étrangère, le dressage de la Morale, de la Religion, de la Loi, de l’État, etc. Mieux vaut […] un enfant indiscipliné qu’un enfant “modèle”, mieux vaut l’homme qui se refuse à tout et à tous que celui qui consent toujours; le récalcitrant, le rebelle peuvent encore se façonner à leur gré, tandis que le bien stylé, le bénévole, jetés dans le moule général de l’“espèce”, sont par elle déterminés : elle leur est une loi. »

     


    « L’État ne poursuit jamais qu’un but : limiter, enchaîner, assujettir l’individu, le subordonner à une généralité quelconque. Il ne peut subsister qu’à condition que l’individu ne soit pas pour soi-même tout dans tout; il implique de toute nécessité la limitation du moi, ma mutilation et mon esclavage. Jamais l’État ne se propose de stimuler la libre activité de l’individu; la seule activité qu’il encourage est celle qui se rattache au but que lui-même poursuit. […] L’État cherche par sa censure, sa surveillance et sa police à enrayer toute activité libre; en jouant ce rôle de bâton dans les roues, il croit (avec raison d’ailleurs, car sa conservation est à ce prix) remplir son devoir. L’État veut faire de l’homme quelque chose, il veut le façonner […]. « Il n’est rien » signifie : l’État ne l’utilise pas, ne lui accorde aucun titre, aucun emploi, aucune commission, etc. »

     

    Extraits de Max Stirner, L’unique et sa propriété

    26 March

    Le Christ de bonhomme

    En fin de semaine, je suis allé bouquiner à Québec. Entré dans une bouquinerie située sur la rue St-Jean, j’engage une conversation avec la bouquiniste. Le sujet bifurque lentement vers l’inculture. La bouquiniste me raconte alors qu’elle est récemment allée s’acheter une croix pour mettre comme pendentif à un collier. Devant la vitrine, elle demande à la vendeuse de voir de plus près une des croix disponibles. Elle pointe du doigt une petite croix où Jésus est crucifié, c’est-à-dire une sorte de crucifix miniature. La vendeuse, au départ, ne lui donne pas la bonne. « L’autre à côté », lui dit alors ma bouquiniste. Et la vendeuse de répondre : « Ha ! Celle avec le tit bonhomme dessus ? »…

    Mais parler d’inculture est aujourd’hui interdit. Alors ne racontez pas ça à personne, on vous taxerait d’intello snobinard. Au nom de chose, et du bonhomme et de la sainte patente… Emmène !

    20 March

    Sur l'école

    « [...] le diplôme revêt d’abord une valeur marchande : la scolarisation est “une chose produite par le système scolaire et pouvant s’exprimer en chiffre…”. Ces chiffres donnent, sur le marché, le nombre des années d’études et la quantité de réponses correctes à un examen. Le diplôme qui consacre ce chiffre fait que cette “chose” a une valeur sur le marché. En ce sens, donc, le diplôme n’est pas une preuve d’une compétence fondée sur l’acquisition de certaines connaissances ou sur une technique particulière, mais le passeport permettant de pénétrer dans un certain rôle social. “L’école, écrit à ce sujet Illitch, confond l’apprentissage de connaissances et l’apprentissage d’un rôle social”. »

     [...] 

    « Essentiellement, le diplômé est celui qui détient la fortune donc le pouvoir. Car en vérité, les études n’ont pas pour but celui de “s’instruire à loisir ou avoir le droit d’enseigner aux autres”, mais bien celui d’être “jugé capable de gagner de l’argent et de détenir une partie du pouvoir”. »

     [...] 

    « Au plan économique, l’école est une entreprise capitaliste qui emploie des travailleurs à en former d’autres, d’une part, et, par ailleurs, l’entreprise qui forme le consommateur en créant les besoins et les valeurs institutionnalisées. L’école s’intègre dans le système économique dans la mesure où elle assure la consommation des produits par la création des besoins. »

     [...]

     « L’école est la grande religion de notre époque : elle en possède les contenus, les mystères et les rites. Elle a ses prêtres et ses cérémonies de toutes sortes. Le mécréant, le païen d’hier est devenu l’analphabète d’aujourd’hui. “L’école est devenu la religion universelle du prolétariat moderne, une religion qui fait de vaines promesses de salut aux pauvres de l’ère technologique. L’État a adopté cette religion et a fait entrer tous les citoyens dans un système scolaire hiérarchisé, chaque étape débouchant sur un diplôme, par une démarche qui n’est pas sans rappeler les rituels d’initiation et les promotions sacerdotales d’autrefois”.

     

    Hubert Hannoun, Ivan Illitch ou l’école sans société.