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    05 April

    Juste une

    Bouteilles débouchées
    Langues déliées
    Coudes qui se touchent
    En griller une  

    Nuit insomnie
    Couverture enroulée
    Solitude paisible
    En griller une  

    Phrase bien tournée
    Coup de pinceau juste
    Notes finement agencées
    En griller une  

    Draps froissés
    Plaisirs humides
    Corps repus âmes pleines
    En griller une  

    Discussions enflammées
    Propos justes
    Échange d’idées
    En griller une  

    Feu de bois étoilé
    Cercle chaleur intime
    Aiguilles arrêtées
    En griller une

      Aube douce d’été
    Marches de galerie
    Pieds nus rosée
    En griller une

    23 March

    Incorruptible

    Si vous enlevez mon toit, je m’abriterai sous le ciel et m’éclairerai de la lune.

    Si vous ôtez mon pain, je nourrirai mon esprit.

    Si vous retirez mon encre, j’écrirai avec mon sang.

    Si vous arrachez ma langue, je penserai jusqu’à faire éclater vos esprits.

    Si vous coupez mes oreilles, j'entendrai encore vos paroles creuses.

    Si vous crevez mes yeux, je relirai ce qui est en mon esprit.

    Si vous m’assassinez, les mots que je trace reviendront vous hanter.

    15 December

    Salutations

    Ô Dragon
    Qui pique ma poupée vaudou
    Quand je m'endoctrine
    Qui flanche ma vie
    De sécurité dans la nomalité
     
    Bourrasque rude
    Sur mer de lucidité
    Folie brute
    Dans camisole de peur
     
    Continue de souffler
    Ton feu de différence
    Ta flamme de conscience
    Ta fumée d'impatience
     
    Dragon qui veille
    Tandis que je m'endors
    Agite mon sommeil
    Vautré de mon trésor
     
    Salut !
     

     
    Frères de feu et de sang
    Soeurs de fièvre et de bave
    Fils de flammes et de glaives
    Filles de rage et de fiel
     
    Vous de feu dans un corps de sang
    Vous de fièvre dans un esprit de bave
    Vous de flammes dans un coeur de glaives
    Vous de rage dans une âme de fiel
     
    Salut !
    25 September

    Haïku

    Le rouge sur les feuilles
    Le blanc sur les cheveux
    Même chanson d'automne
     
     
    20 April

    Sa serrure

    Ô phare des marins divinité

    Céleste flamme en son regard

    Mon cœur la coque a perforé

    Sur le récif de sa beauté

     

    Oasis de pèlerins en désert

    Câline bouche hante mon dard

    Torture aux fers de sa langue

    Jusqu’à ce que j’aie crié

     

    Ô glaces me recouvrez

    À son « non » de fatigue accablé

    Froideur gelée, lèvres gercées

    Sur l’iceberg de sa pureté

     

    Obscurité je ne crains

    Soupirs brûlants et peau humide

    Jamais sa lourde prison

    Quand de son souffle, j’ai la clé

    14 January

    ô maîtres (Hommage à Michèle Lalonde)

    ô maîtres

    dites-nous encore une fois

    à coups de morale et de lois

    qu’il fait bon vivre en ce pays

    pour les fous du roi

     

    qui rampent dociles

    pareils à des serpents sans venin

    dans les listes d’attente

    de vos repêchages de misère

     

    ô maîtres

    excusez nos alcools bon marché

    nos vins de dépanneur

    et nos longues files de douleur

    chaque mois le premier

     

    parlez-nous encore une fois

    de cette chance égale pour tous

    quand tous ne sont que ceux

    qui ont déjà trop de tout

     

    imprimez votre propagande

    avec le sang de nos pères

    et la sueur de leurs fils

    qui dit haut et fort

    que tous ils avaient tord

    Miron, Lalonde, Gauvreau

     

    ô maîtres

    noyez-nous dans vos rêves

    naufragés de vos dollars

    que nous n’avons jamais vus

    que pour vous les remettre

    têtes baissées, corps rompus

     

    permettez-nous de donner

    intelligence et liberté

    en échange de vos titres

    de citoyen, père ou gradé

     

    ô maîtres

    pompez le non renouvelable

    jusqu’à plus soif

    nous sommes trop bêtes

    pour mériter d’être rassasiés

    aux sources de nos ancêtres

     

    mettez vos visages partout

    qu’on puisse voir vos dents

    plus blanches que notre ciel

    nous dire encore et encore

    votre joie de nous posséder

     

    ô maîtres

    de grâce laissez-nous perpétuer

    les traditions qui vous maintiennent

    les opinions qui vous confortent

    les valeurs qui vous renforcent

     

    dites-nous encore que Dieu

    est à votre image parfaite

    qu’il veut notre bien comme vous

    qui l’avez et toujours le voulez

     

    ajoutez des chaînes à vos réseaux

    nos poignets et nos chevilles

    mousser la gloire de quelques-uns

    pour nous cacher le pire

     

    ô maîtres

    quand notre sang séché

    notre bouche tarie de salive

    notre dos toujours courbé

    notre langue-racine coupée

     

    de nouveau seront animés

    en un mouvement de liberté

    plus rien ne pourrez saisir

    qu’en prenant à votre heure

    nos misères et nos peurs

    07 December

    Faux Haïkus

    Sous la pluie
    Un oiseau chante
    Car il sait
     

    Nuit de novembre
    Soudain le silence
    Me réveille
     

    Des cravates
    Autour d'une table
    On congédie
     

    Feuille au vent
    Me fait la bise
    Caresse de rousse
     
    30 November

    Comptine

    L’entrevue

     

    De vitesse ils m’ont pris

    Et le masque est tombé

    Et des faux nez

    Je suis le démasqué

     

    Gros gras gris

    Ils ne m’ont pas pris

    Gros gras gris

    Il fallait que je publie

    Gros gras gris

    Qu’à leur joug je me plie

     

    Trois faces de rats

    Et une tarte

    Deux rouges, un noir

    Et une varte

    Aux sourires crispés

    Que je connais si bien

    Saouls rires Sous-rires $ou$-rires

     

    Gros gras gris

    Ils m’ont évité

    Gros gras gris

    De leur ressembler

    Gros gras gris

    Je suis coloré

    16 November

    Hommage à Baudelaire

    Tic Tac elle dit

    Trop tard pour l’envie

    Retourne à la poussière   tu la connais si bien

    Cesse de me regarder  les derniers grains sont passés

     

    L’aiguille guillotine sur ta nuque

    La seconde au masque noir est arrivée

     

    Tic Tac

    Sens-tu mes doigts

    Sens-tu je serre

    N’essaie pas de m’échapper

    Ta course s’arrête sur la rive de l’espoir

    Je te prends tout

    Tes rêves tes joies tes peines ton or ton pain ta femme ton sang

     

    Tic Tac

    Il fallait y penser

    Quand tu espérais de moi

    D’avoir encore et encore

    De ceci de cela encore un peu

     

    Tic Tac

    L’aiguille guillotine sur ta nuque